La pampa liquide

Il existe un phénomène naturel et géographique unique, et très particulier, à proximité de Buenos Aires. En s’éloignant de la capitale se trouve le delta du Tigre, la partie métropolitaine du Delta du Parana. C’est une immensité naturelle, qui a la capacité de fabriquer de nouvelles terres, qui avance en direction de l’océan. Cette avancé inexorable le long du littorale va, et a déjà une incidence sur les côtes de Buenos Aires. Il y a les terres qui s’érodent, grignotées par les eaux, ici, c’est la terre qui grignote les eaux. Inversement, un autre phénomène existe, celui de l’avancée de terres artificielles de la ville sur les eaux, 16% de la ville s’est en effet construite en gagnant des terres sur le bassin de La Plata.

Ces deux phénomènes qui tendent l’un vers l’autre sont dus à la sédimentation. Une sédimentation naturelle d’un coté, véritable source de biodiversité bénéfique, et de l’autre une sédimentation provoquée par les infrastructures humaines transversales au rio qui entravent le trait de côte. En effet les ajouts successifs et incontrôlés de ces programmes industriels ont perturbé le phénomène de dérive littoral entraînant nombre de dysfonctionnements tout en rendant difficile l’accessibilité publique de la côte. Ces dérives s’exportent jusque dans le delta avec de grands projets privés de remblaiement en vue d’une urbanisation future.

En réponse à ces grandes forces territoriales, le projet s’entend à deux échelles. Nous avons travaillé à l’échelle du détail à optimiser un pilotis ainsi qu’une trame structurelle afin de proposer un système constructif permettant de favoriser la sédimentation et d’agir en catalyseur de biodiversité. Les simulations de fluides et de déplacements de particules réalisées avec des logiciels d’ingénierie nous ont amené vers des poteaux troués placés selon une trame déphasée, ce qui provoque un ralentissement maximale de l’eau sans créer de turbulences et ainsi favoriser la sédimentation.

Parallèlement, à l’échelle territoriale, nous avons proposé un plan d’aménagement pour requalifier la côte Nord de Buenos Aires. Il s’agit de la création d’une série de parc linéaire et d’un chenal côtier venant connecter Buenos Aires au delta tout en lissant le trait de côte pour retrouver une dérive littorale. Le projet se divise en trois grandes zones ayant un traitement différent en fonction de l’état de la côte. Pour la plus urbaine il s’agit de congestionner l’expansion incontrôlée de la ville sur son fleuve. Pour la partie métropolitaine le parti-pris a été de sanctuariser les plages existantes et d’ intervenir ponctuellement. Enfin pour la dernière partie, la porte du delta, nous proposons une station fluviale en lien à la côte nautique existante, s’intégrant dans le futur développement du delta en s’inscrivant dans le système de cluster insulaire tout en désengorgeant l’unique point d’accès actuel qu’est le port de Tigre.

Projet réalisé en collaboration avec l’architecte Valentin Amiel